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«an deiner statt» - Kunst und Politik

«an deiner statt» (2012)

Neunundzwanzig Schweizer Autorinnen und Autoren unterschiedlicher Generationen, Geschlechter und Sprachen haben eben so viele Nothilfe-Bezügerinnen, Sans-Papiers und abgewiesene Asylbewerber getroffen und mit ihnen Gespräche geführt. Sie haben ihnen ihr Ohr geliehen und geben ihnen eine Stimme. Sie reden «an ihrer statt».

Mit einem Bonus-Text von Sabine Wen-Ching Wang.


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Die Buchausgabe:
Editions d'en bas / im Buchhandel
ISBN 978-2-8290-0458-2

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Pressestimmen


Heike Fiedler

Jean – permis or not to be


Je m’appelle Jean. J’ai 33 ans. Je viens d’un pays en Afrique. En réalité, mon nom est différent et j’ai environ deux ans de plus. Ou de moins. Mon identité n’a que peu d’importance. À court terme, mon destin ressemble à celui des autres qui sont comme moi en situation de demande d’asile frappée de non-entrée en matière.

Attendu que le séjour en Suisse de la personne citée en titre est soumis à autorisation,

Cette feuille de papier (il déplie un papier format A4) m’est délivrée par le Service de la population – Division asile. Elle me donne droit à l’aide d’urgence. Toutes les 3 semaines, je dois me présenter avec la feuille au guichet du SPOP pour avoir un renouvellement. C’est toujours le même papier blanc avec le même tampon rouge. La seule chose qui change, ce sont les dates. Souvent, j’ai peur qu’au lieu d’une nouvelle feuille de papier, on me dise que je dois partir, que la police vienne pour m’accompagner à l’aéroport, que l’on me place dans un avion.

attendu que, par décision de renvoi prononcée par l’ODM, passée en force et exécutoire, les autorités fédérales compétentes en matière d’asile ne sont pas entrées en matière sur, respectivement ont rejeté la demande d’asile déposé par l’intéressé(e) et ont prononcé son renvoi de Suisse ou,

Parfois, je vais à Berne pour rencontrer un délégué de l’ambassade de mon pays. Nous parlons de l’aide au retour. On vous donne mille francs en liquide, un billet d’avion pour quitter la Suisse et là-bas, des marchandises à raison de 3000 francs pour ouvrir un commerce. Mais à qui je vais vendre ? Et où ? Il y a déjà beaucoup de gens qui ont des commerces, les locaux sont très chers, celui de mon ami a été brûlé. (Nous évoquons la politique, l’insécurité, la guerre civile…).

Quand mon frère aîné est mort, mon oncle voulait m’obliger à me marier avec la femme de mon frère. Elle a deux enfants. Je n’avais pas d’argent, pas terminé ma formation. Je ne voulais pas de famille. Et surtout il n’y avait pas d’amour entre la femme de mon frère et moi. On vous oblige à cause de la religion, il n’y a pas de choix. C’est comme la torture. (Pause) Je suis parti.

attendu que l’intéressé(e), n’étant au bénéfice d’aucun titre de séjour valable, séjourne illégalement sur le territoire de …, respectivement ou,

Depuis deux ans, je reçois deux fois par mois trois bons de Caritas pour m’acheter des habits. Chaque bon vaut cinq francs. J’ai aussi droit à deux bons de 10 francs pour la Migros que j’utilise pour charger mon portable. Il n’y a pas d’ordinateur au centre pour écrire des messages. Non, je ne reçois pas d’argent. Je ne peux pas payer les transports publics et quand il y a un contrôle, j’ai une amande. Au centre, on nous donne à manger et à boire, du café et des jus. Il y a aussi un four à micro-ondes que nous pouvons utiliser à tour de rôle pendant cinq minutes. Il n’y a pas la possibilité de cuisiner nous-mêmes. Je partage une chambre avec quelqu’un. J’ai de la chance, c’est mieux que les chambres à cinq ou à six lits. Au centre, vous n’avez pas d’intimité. Nous sommes beaucoup et c’est difficile. Souvent, il y a des gens qui craquent. Ils commencent à boire de l’alcool, parfois, ils deviennent agressifs. Les conditions sont dures. Ce n’est pas facile pour tout le monde de tenir le coup.

attendu que nonobstant, la procédure extraordinaire qu’il/elle a introduite, il/elle ne peut plus prétendre qu’à une aide d’urgence (art. 82 de la loi sur l’asile du 26 juin 1998 (LAsi)) ou,

À l’Ambassade, ils peuvent vous donner un laissez-passer. C’est une sorte de Visa et c’est mieux de ne pas l’avoir. Si je ne l’ai pas, c’est parce qu’ils disent que je ne viens pas de leur pays qui est le pays duquel je viens. Quand ils donnent un laissez-passer, les autorités Suisses reçoivent ce papier et ils peuvent me renvoyer. Tant qu’ils ne l’ont pas, je peux rester, parce qu’il n’y a pas de lieu vers lequel m’expulser. En ne recevant pas de laissez-passer, je suis en quelque sorte protégé. A l’Ambassade, ils disent que ma manière de parler le français ne ressemble pas au Français qu’on parle chez nous. Je n’ai plus mes papiers d’identité. J’ai dû les donner à la personne qui nous a conduit pour quitter le pays. Nous avons traversé la mer. Je suis d’abord arrivé en Italie.

compte tenu de la situation actuelle de l’intéressé(e),

Une fois, au guichet au SPOP, on m’a dit qu’il y avait un laissez-passer pour moi. Je ne l’ai pas vu. Je ne sais pas s’il y était vraiment. Après, il n’y était plus, parce que l’Ambassade peut aussi le retirer. Je ne sais pas de quoi cela dépend.

Chaque lundi, je vais au rendez-vous avec les gens du groupe « Droit de rester ». C’est ma manière de participer, de m’intégrer, de rencontrer des gens. J’aimerais beaucoup m’intégrer vraiment. Mais c’est difficile, quand vous n’avez pas le droit de travailler. J’aimerais beaucoup pouvoir travailler légalement, ou avoir droit à l’aide sociale. Imaginez : maintenant, je n’ai presque rien. C’est comme être empêché d’être responsable de moi-même. C’est décourageant, mais j’essaie de faire au mieux. (Jean remet les 3 bons à 5 francs chacun dans son portefeuille). Ce serait bien si on pouvait prendre des cours d’informatique ou apprendre à jouer la guitare.

vu les art. 49 à 51 de la loi du 7 mars 2006 sur l’aide aux requérants d’asile et à certaines catégories d’étrangers (LARA) et 4a de la loi du 27 février 2003 sur l’action social ….,

L’autre jour, nous sommes allés à une manifestation. Elle était illégale, parce qu’elle n’était pas autorisée, puisqu’elle n’était pas annoncée. Nous avons manifesté pour la fermeture de Frambois, le lieu duquel les demandeurs d’asile  sont expulsés. Nous étions beaucoup, de Zürich, de Berne. Il y avait aussi les gens de la Marche des Sans Papiers. La police a arrêté la manifestation. Ils ont utilisé du spray à poivre. Je suis parti. C’était important pour moi de participer à la manifestation, aussi pour dire l’espoir de ne pas un jour me trouver à Frambois pour être renvoyé dans mon pays duquel je me suis enfui.

le Service de la population décide d’octroyer des prestations d’aide d’urgence à Monsieur Jean pour la période du 01.08.2012 au 15.08.2012.

Accusé de réception
J’atteste avoir reçu cette décision en mains propres le 01.08.2012.
Signature : M. Jean


Heike Fiedler, Autorin Poetin Performerin, livre: langues de meehr, ed. spoken script.

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